Inquiétants édulcorants

Aspartame, phénylalanine et autres faux-sucres étaient jusqu’alors nos meilleurs amis qui égayaient de leur touche sucrée nos régimes les plus déprimants !  Et voilà qu’une étude italienne* envoie valser le plaisir à sucrer notre café en toute bonne conscience, quand elle pointe pour la troisième fois un effet cancérogène de l’aspartame chez le rongeur.
Une bien triste nouvelle pour tous les rats obèses, mais qui n’inquiète pas l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Jusqu’à ce qu’une seconde étude, portée sur 60 000 femmes enceintes, tire à son tour l’alarme.

Conclusions alarmantes

Les conclusions de cette étude danoise* suggèrent que  la consommation d’aspartame pendant la grossesse provoquerait une augmentation du risque d’accouchements avant terme.
En février 2011, l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) demande avec beaucoup de réserve un travail complémentaire pour confirmer ou infirmer ses résultats. Pourtant,  le 19 avril dernier, la Commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire du Parlement Européen prend les devants en adoptant un amendement concernant le règlement sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires.
Au nom du principe de précaution, réclamée par la Députée européenne Corinne Lepage, cet amendement doit rendre obligatoire la mention « pourrait ne pas convenir aux femmes enceintes » sur tous les produits contenant de l’aspartame.
Jamais totalement blanc, l’aspartame a souvent été décrié. Aux Etats-Unis, depuis les années 80, on s’interroge sur les effets neurologiques de l’aspartame, source de phénylalanine, une substance connue des scientifiques pour affecter la production de neurotransmetteurs. Malgré des tests de qualité douteuse réalisés par les industriels de l’époque, comme Donald Rumsfeld, patron de Searle (aujourd’hui Monsanto), l’aspartame obtiendra finalement le feu vert des politiques américains à l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche.

« Notre corps n’est pas fait pour marcher à l’aspartame ! »

L’aspartame, cancérigène ou toxique pour le système nerveux ? Si aucune étude ne peut encore l’affirmer, on peut toutefois s’interroger sur les bénéfices réels des sucres artificiels. De nombreux médecins et diététiciens s’accordent aujourd’hui sur le fait que les édulcorants ne font pas maigrir. « Surtout quand mettre de l’aspartame partout excite nos papilles par son goût sucré et réveille l’appétit  », déplore le Docteur Michel R. Reste le cas des diabétiques : « C’est intéressant si on ne sucre pas son café à l’aspartame tout en engloutissant trois croissants à côté ! », s’exclame le Dr. R. L’amidon est aussi un sucre, présent dans les céréales sous la forme de sucres complexes, dits « sucres lents », qui sont aussi responsables de certains types de diabètes. « Et même chez les diabétiques de type 2, rien ne prouve que les édulcorants permettent d’atteindre l’équilibre glycémique. Autant compenser avec un peu de fructose, en versant quelques gouttes de jus d’orange frais dans son café pour lui donner une saveur sucrée. Mon conseil : manger de tout, modérément, et des aliments  les moins transformés possibles».
Il est possible que dans quelques années, les études écartent définitivement l’aspartame de nos yaourts « light » et nos cannettes de soda, à la grande satisfaction des industriels de la filière sucrière. Néanmoins pas de soucis pour les accros au faux-sucre, car le relais est déjà assuré par un édulcorant « naturel » qui fait déjà beaucoup de bruit : le stévia. Nouvel aide-minceur miracle  ou nouveau mirage sucré des industriels de l’alimentation ?

Camille Monville

Où trouver l’aspartame sur une étiquette ?
La mention aspartame ou E951 est obligatoire et se trouve dans la liste des ingrédients. Les fabricants ne sont pas tenus d’indiquer la quantité. Pour information, une cannette de Coca Zéro contient plus d’un tiers d’édulcorant en plus qu’une cannette de Coca Light !

*L’étude du Dr Soffritti a été publiée en décembre 2010 dans American Journal of  Industrial Medicine. L’étude danoise du Dr Halldorsson dans The American Journal of Clinical Nutrition, 2010.
 


Rendez-vous sur Hellocoton !